Les Paradis Artificiels (Partie 2)

4 Août

Pour les retardataires, voici la

Six étages plus bas, il se retrouvait dans la rue. Il n’avait même pas pris la peine de répondre aux critiques de sa gardienne ; croisée plus tôt dans les escaliers. Les mots « bruit », « tard », « cigarette » l’avaient comme effleuré. Une fois dehors, il ressentit immédiatement les caresses du soleil. Il faisait étonnamment doux pour un mois de février. Ce regain de luminosité le fit se sentir bien. Il prit une grande inspiration et se lança à la poursuite de son éphémère sensation. Ce ne fut qu’après cette première bouffée d’air frais qu’il prit conscience du problème majeur de sa démarche. Par où commencer ?

Certes, cette chanson lui redonnait de l’espoir et de l’envie. L’évènement associé le motivait tout autant, mais il ignorait par où commencer sans se perdre en chemin.

–       Holà monsieur John ! Comment allez-vous aujourd’hui ?

Le marchand de fruits et légumes venait de l’interpeller avec un accent du sud-ouest caractéristique.

–       Bien mon bon Aldo, très bien même !

–       Ah, ça fait plaisir de te voir avec un tel entrain ! Viens voir, fils, viens gouter mes belles mandarines !

C’était vrai qu’elles étaient belles ses mandarines. Leur couleur orangée était telle qu’on les aurait crues directement sorties de Photoshop. Le goût et l’acidité étaient palpables, rien qu’à l’odeur délivrée par ces splendides fruits. Mais John n’avait pas le cœur à manger. Pas tout de suite du moins.

–       Non merci mon ami ! Une autre fois peut-être …

–       Mais John, tu es jeune !! reprit le primeur de plus belle.

Tu as besoin de force, surtout avec la soirée dont tu m’avais parlé. C’était hier soir n’est-ce pas ?

Ces derniers mots provoquèrent une sensation étrange en lui. Une sorte d’incompréhension mêlée à de l’euphorie.

–       Quelle soirée…?

–       Celle dont tu m’avais parlé là … Rock chic choc truc… Bref, ce vernissage là…

Un vernissage … Comment aurait-il pu oublier un vernissage. Ce n’était pas le genre de soirée qu’il fréquentait d’habitude. Lui préférait largement les soirées picole entre potes avec pour seuls sujets de discussion la crise hivernale du PSG, le meilleur cocktail pour être raide mort sans sentir l’alcool et les projets de chacun en cas d’un hypothétique gain à l’Euromillions. De fait, il s’excluait d’office de tous ces vernissages, lancement de produit et autres galas. De plus, il n’avait aucune envie de passer une soirée avec des gens se prétendant du show-biz ; côtoyant Martine de la compta pour sa première soirée depuis son bal de promo. La mixité sociale assumée sur l’event Facebook, mais reniée sur place une fois les groupes formés le rendait mal à l’aise. Et puis bon, il faut aussi être honnête, lors de ces soirées, le champagne est toujours dégueulasse.

L’annonce d’Aldo concernant un vernissage était donc peu probable.

–       Euhhh tu as du me confondre avec un autre mon pote, j’ai arrêté ces conneries de soirées il y a bien longtemps.

Aldo rigola tout en essuyant une fois de plus ses magnifiques pommes golden venues tout droit d’Europe de l’Est.

–       Bien sur John. Donc cette espèce de tatouage à l’intérieur de ton poignet gauche c’est pour faire joli ?

John n’avait pas remarqué ce tatouage en se levant…  Cela faisait longtemps qu’il ne faisait plus trop attention à son corps entre les brulures de cigarettes, les traces de coupures dues aux verres brisés et, justement, les marques de tatouages faits par les videurs de boite de nuit.

Effectivement, avec toutes leurs lois à la con, la vie de fumeur parisien était devenue compliquée ; surtout en hiver. Suite à quelques plaintes d’hypocondriaques mythomanes ayant préféré prétendre avoir attrapé le cancer à cause du tabagisme passif plutôt que d’admettre fumer en cachette ; c’était toute la communauté de fumeurs français qui avait payé pour leurs conneries. Interdiction de fumer dans les lieux publics. En intérieur pour le moment. En revanche on a toujours le droit de crier au téléphone dans le train, de se trimballer avec des gosses hurlants dans des poussettes couinantes et même de porter des jupes alors qu’on fait facilement du 46. Apparemment mes multiples fractures de l’œil et mes oreilles en sang ne suffisent pas à interdire tout ça. Bref, il faut donc fumer dehors, et pour s’assurer qu’aucun fraudeur ne vienne perturber le bon déroulement de la création du chiffre d’affaire à 8 chiffres de la boite de nuit, on nous colle un petit tampon pour pouvoir rentrer après cette fameuse cigarette.

Voilà donc à quoi servait son petit tampon sur le poignet. L’encre paraissait relativement fraiche bien qu’ayant un peu bavé.  On pouvait y lire :

GALERIE DE LA BARRE

rue du chevalier de la barre

75018 Paris…

Le reste était illisible.

Cependant les infos concernant l’adresse suffiraient amplement à retrouver le lieu. John avait son point de départ.

–       Mon ami, tu es si bon !! merci du fond du cœur !! lança John déjà lancé à la poursuite de son intime conviction.

C’est avec son iPod vissé sur ses oreilles qu’il s’élança dans les ruelles parisiennes.

 

A suivre très vite …

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